Henry, Félix, Achille Bataille est né à Nîmes le 4 avril 1872, au gré des affectations de son père, magistrat. Issu de la bonne bourgeoisie languedocienne, ses origines sont essentiellement centrées sur le département de l'Aude. Sa mère, Alice Mestre-Huc garde ses attaches à Moux et son père, Léopold, dans le Lauragais, à Castelnaudary.Henry a 4 ans quand son père est nommé à la Cour d'Appel de Paris en 1876. C'est là qu'il fera ses études. Ces années parisiennes sont malheureuses. La mort prématurée du père en 1883 conduit sa mère à reporter toute son étouffante affection sur Henry. Puis, lentement, elle se laisse périr et décède à son tour en 1885. Orphelin, Henry Bataille est élevé par sa soeur et son mari,Ernest Blagé, devenu tuteur du jeune garçon. Un parcours scolaire chaotique et de réelles aptitudes pour le dessin conduisent le jeune Henry vers les bancs de l'Académie Jullian et des Beaux-Arts.
Toute sa sensibilité le tourne vers l'Art. Le dessin bien sûr. Il dirige le Journal des Artistes vers 1891. Mais c'est aussi l'écriture qui l'occupe. Les premiers poèmes de La Chambre Blanche sont déjà couchés sur le papier entre 1887 et 1894. Les premiers actes de La Lépreuse sont écrits en 1892. C'est en 1893 qu'il brosse la trame de La Belle au Bois Dormant dont le jeune Robert d'Humières écrira l'essentiel du texte. La pièce est jouée eu 1894 et se heurte à la critique. Cette violence conduit Bataille à renoncer au théâtre, comme à toute autre forme d'écriture. Cependant, avec tout l'appui de Marcel Schwob, il laisse éditer La Chambre Blanche, son premier recueil de poèmes, en 1895.
Le retour au théâtre est marqué par Ton Sang en 1897. Puis, presque imperturbablement, il donnera pratiquement une pièce nouvelle chaque année. A chaque fois, sans doute poursuivit par le souvenir de La Belle au Bois Dormant, Bataille engagera le combat de sa vie : une longue guerre de position face à la critique. Malade perpétuel, âme torturée ; il se complait dans la posture du martyr. Chaque publication est accompagnée d'un manifeste exposant ses positions contre des journaux aussi partagés que virulents.
Bataille, homme de paradoxes... Grand bourgeois aux succès confortables, il sert à son public un théâtre renvoyant l'image funeste de cette société qu'il juge indigeste.
Fuyant souvent Paris, il rédige nombre de ses pièces dans son château de Vivières (Aisne) qu'il achète en 1910. Puis, à partir de 1919, il se retranche le plus souvent dans la propriété du Vieux Phare, à Rueil. Il s'y entoure de ses deux principales interprètes, qui furent aussi ses compagnes. Berthe Bady tout d'abord, qu'il rencontre en 1893. Leur relation orageuse prend fin en 1912. A cette date débute sa liaison avec Yvonne de Bray qui l'accompagne jusqu'à sa mort.
C'est le 2 mars 1922 que Bataille meurt, subitement, à Rueil. L'émotion qui gagne Paris nous paraît aujourd'hui bien saugrenue. Cependant, ce choc est aussi brutal que réel.
Après ses obsèques à Saint-Honoré d'Eylau le 6 mars 1922, son corps sera transporté quelques années plus tard à Moux (Aude), auprès du tombeau familial.