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RIADIS ET RAVEL
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EMILE RIADIS ou EMILIOS RIADIS (parfois orthographié de manière fantaisiste ou approximative Rhiadis, Riades, Riadès, Rhiades, Rhiadès...)
(THESSALONIQUE, 1er mai 1888? (ou 1880?)-THESSALONIQUE, 17 juillet 1935)

THESSALONIQUE : PREMIERS PAS D’UN POETE ET D’UN PIANISTE
Emile Riadis, de son vrai nom Emilios Khu, est un artiste grec qui vit le jour à Thessalonique ou Salonique, capitale de la Macédoine, un jour de printemps des années 1880, le 13 mai, date du calendrier julien, c'est-à-dire le 1er mai dans le calendrier grégorien, de l'année 1888 (si l'on en croit certains documents officiels), les chercheurs Anoyanakis et Leotsakos pensent que Riadis serait né en 1880 (à la lueur d'un autre document).
Emile Riadis s’est d’abord fait connaître comme poète dans des revues grecques d’Athènes comme Εθνικόν Ημερολόγιον [Le Calendrier National] ou Μακεδονικόν Ημερολόγιον [Le Calendrier Macédonien], sous le pseudonyme d’Emilios Eleftheriadis, soit le nom de jeune fille de sa mère. C’est dans sa ville natale de Thessalonique, alors deuxième ville la plus importante de l’Empire Ottoman après Constantinople, que le jeune homme fait ses études musicales auprès de Dimitri LALLAS (1848-1911), compositeur macédonien originaire de Monastir (Macédoine) qui avait séjourné à Bayreuth et dont les œuvres ont eu l’infortune d’être détruites (suite au naufrage du navire dans lequel elles venaient d’être embarquées pour être éditées en Italie). Il ne fait aucun doute que la mosaïque culturelle de Salonique a enrichi l'expérience musicale de Riadis : la ville, hérissée de minarets, de synagogues et d'églises chrétiennes, était alors composée pour moitié de Juifs sépharades (environ 50.000), expulsés jadis d'Espagne et préservant une culture particulièrement originale et féconde, de Turcs, d'Arméniens, de Grecs, etc.

MUNICH (1908-1910): L’EXPERIENCE DU CONSERVATOIRE
Recommandé par son premier maître, Emilios quitte la Macédoine pour l’Allemagne où il étudie au Conservatoire royal (Königliche Akademie der Tonkunst) de MUNICH (1908-1910) auprès de Félix MOTTL (1856-1911), Anton Beer-Walbrunn (1864-1929), Mayer Gschrey, Becht et Stich.

PARIS (1910-1915) : LA NAISSANCE D’UN COMPOSITEUR
Mais le pianiste et apprenti compositeur n’a pas résisté à l'attrait de la ville-phare de PARIS et à l’effervescence artistique qui régnait alors dans la capitale française (prestige de Debussy et de Ravel, saisons des Ballets Russes, innombrables sociétés de concerts, cosmopolitisme musical, etc.). Riadis vient donc se fixer à Paris à la veille de la Ière Guerre Mondiale (1910-1915). C'est là qu'Emilios Khu allait commencer à se faire un nom dans le monde musical, abrégeant son pseudonyme de poète "Eleftheriadis" pour la forme plus synthétique "Riadis" (ce surnom deviendra son nom officiel en 1934). A Paris, Emile Riadis, fréquenta le monde musical et artistique parisien, accourut aux cénacles symbolistes et assista notamment aux mardi poétiques de la Closerie des Lilas animés par Paul FORT. Il connut ainsi les compositeurs Paul LADMIRAULT (d'origine bretonne), Gustave CHARPENTIER (l'auteur de Louise), René LENORMAND (directeur de la société de concerts "Le Lied en tous pays"), Florent SCHMITT, Charles KŒCHLIN, et surtout Maurice RAVEL qui l'influença tout particulièrement ; il eut aussi l'occasion de connaître d'autres compositeurs venus des quatre coins de l'Europe tels que Manuel de FALLA, Georges ENESCO ou Constantin BRAÏLOÏ ; il fréquenta également le célèbre critique musical Michel-Dimitri CALVOCORESSI (qui, comme Moréas, était français d'origine grecque), Léon VALLAS (directeur de la Revue Française de Musique) ; les cantatrices Speranza CALO (grecque), Marguerite BABAÏAN (arménienne, belle-sœur du musicologue Louis LALOY), Jane BATHORI-ENGEL, etc ; les pianistes Robert SCHMITZ, Alfred CORTOT, Antoinette VELUARD, Marthe DRON, Blanche SELVA, etc. Parmi les poètes, il connut Paul FORT, René GHIL, Pierre QUILLARD, Jeanne VALCLER, Pierre-Charles JABLONSKI (directeur d'une petite revue d'avant-garde, Les Feuilles de Mai), Jean PSICHARI (autre français d'origine grecque, gendre d'Ernest Renan), etc. S'il n'eut pas la chance de connaître Jean MOREAS qui venait de disparaître en mars 1910, il en entendit beaucoup parler grâce à son ami Miltiadis MALAKASSIS (1869-1943), cousin par alliance de Moréas et poète grec réputé, qui séjournait lui aussi à Paris avant la Grande Guerre (1910-1915). RIADIS, MALAKASSIS et d'autres artistes grecs alors installés dans la ville phare, tels que Sotiris SKIPIS ou Fintias THEODOSSIADES, fréquentèrent les mardi de la Closerie des Lilas et furent présents lors de l'intronisation de Paul Fort comme "prince des poètes" en juillet 1912.

C'est donc à Paris que Riadis, tirant profit de cette effervescence culturelle, commença véritablement sa carrière de compositeur, éditant plusieurs recueils de mélodies pour voix et piano sur des vers de poètes français (allant de RONSARD ou Maurice SCÈVE à Paul FORT en passant par NERVAL ou José-Maria de HEREDIA), de poètes français d'origine grecque (Jean MORÉAS, Jean PSICHARI), de poètes grecs contemporains (Miltiadis MALAKASSIS, Ioannis GRYPARIS, Kostis PALAMAS, Ioannis KAMBYSSIS, Alexandros PALLIS, etc.), enfin sur des vers de son propre cru, car RIADIS avant d'être musicien s'était distingué comme poète sous le nom d'Emilios ELEFTHERIADIS dans les revues littéraires d'Athènes et Thessalonique. Quelques unes des mélodies de Riadis furent jouées aux concerts parisiens en présence de l'auteur entre 1912 et 1914. Mais, s'il est surtout connu pour ses mélodies, Riadis a aussi composé de la musique de chambre, de la musique de scène, de la musique symphonique, des opéras (inachevés), etc. Ses débuts prometteurs dans les petits concerts (Salon d’Automne 1912, Salon d’Automne 1913, Concerts Touche, etc.) mais aussi à la Société Nationale de Musique (SNM) le 1er mars 1913 et à la Société Musicale Indépendante (SMI) le 4 mai 1914 laissaient augurer une belle saison 1914-1915 avec plusieurs projets d’œuvres symphoniques pour les grands concerts. Cependant la tournure historique des événements allait en décider autrement.

THESSALONIQUE (1915-1935) : LE RETOUR AU PAYS NATAL ET LA MATURITE
Au retour définitif de Riadis à Thessalonique en 1915, sa ville natale, il y devint professeur de piano et vice-directeur du Conservatoire d'Etat jusqu'à sa mort prématurée en 1935, poursuivant inlassablement sa tâche de compositeur. Cependant, ce n'est que rarement que ses œuvres figurèrent désormais au programme des salles parisiennes, souvent à la faveur de tournées d'interprètes hellènes (Speranza CALO, Gina BACHAUER, etc.), parfois de musiciens français (les pianistes Eugène WAGNER et Jean WIENER ou la cantatrice Fanny MALNORY-MARSEILLAC par exemple) ou de musiciens établis à Paris (le hongrois Tibor HARSANYI, l'arménienne Marguerite BABAÏAN, etc.). Parallèlement à son enseignement au Conservatoire, Riadis joua un rôle actif dans la vie culturelle de sa ville, même si son choix de rester en "province" a nui au plein épanouissement de sa musique au sein même de son pays et notamment à Athènes. Malgré tout il ne cessa naturellement pas de composer des œuvres musicales diverses, participa à des concerts, donna des conférences dont certaines furent publiées, et continua à éditer des poèmes et des articles de critique d'art ou musicale dans les périodiques de Thessalonique et d'Athènes. Emile Riadis n'a jamais abandonné la poésie, continuant à publier des vers dans la presse, désormais affranchis de l'aspect souvent patriotique d'avant 1912. Il fréquenta de nombreuses personnalités grecques du monde des Belles-Lettres, mais il faut surtout évoquer la correspondance, de 1926 à 1927, entre Emile Riadis et Kostis PALAMAS (1859-1943), le poète le plus important de sa génération ; c’est au compositeur que revient le mérite d’avoir convaincu le poète de se rendre à Thessalonique pour y célébrer le cinquantenaire de la publication du premier poème de Palamas. Celui-ci inspira par ailleurs à Riadis quelques-unes de ses plus belles mélodies, dans le cycle des Lamentations dont les poèmes sont extraits du célèbre recueil intitulé Tombeau (1898) dédié par Palamas à son fils Alkis, mort prématurément à l'âge de cinq ans.
Emile Riadis s'inscrit donc à la fois dans le paysage musical français du début du XXe siècle et dans la géographie musicale grecque, pour ne pas employer l'expression un peu abusive d'"école nationale hellénique" qui est le plus souvent employée. Il figure parmi les figures les plus importantes de la musique savante grecque du premier tiers du siècle passé, à côté de Manolis KALOMIRIS (Smyrne, 1883‑Athènes, 1962), considéré comme le chef de file de ce mouvement musical, à côté du célèbre chef d'orchestre Dimitri MITROPOULOS (Athènes, 1896‑Milan, 1960), tout à la fois pianiste virtuose et compositeur, et à côté de quatre compositeurs venus comme lui parfaire leur formation musicale à Paris : Mario VARVOGLIS (Bruxelles, 1885‑Athènes, 1967), Petro PETRIDIS (Nigde, 1892‑Athènes, 1978), Georges PONIRIDY (Istanbul, 1892‑Istanbul, 1982), Dimitri LEVIDIS (Athènes, 1886‑Athènes, 1951). Le premier directeur du Conservatoire d'Etat de Thessalonique, Alexandre KAZANTZIS, parle même du «groupe des quatre» formé par Riadis, Kalomiris, Varvoglis et Mitropoulos.
Le talent de compositeur de Riadis fut récompensé officiellement par l'Etat grec le 15 novembre 1923, lorsqu'on lui remit, ainsi qu'à ses confrères Mario VARVOGLIS et Napoléon LAMBELET, la "Grande Médaille de Grèce des Lettres et des Arts [Εθνικόν Αριστείον Γραμμάτων καί Τεχνών]". Riadis est aussi l'un des membres fondateurs de l'Union des compositeurs hellènes fondée le 12 février 1931 à Athènes, quatre ans avant sa disparition prématurée.

Dimitra Diamantopoulou-Cornejo
2003