LA MER DANS LA BIBLE
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LA MER DANS LA BIBLE

La Bonne Nouvelle du Salut nous arrive par la mer , par l'eau.
Et ceci depuis les origines. Dès les premières lignes de la Bible il est dit: " Le souffle de Dieu planait sur les eaux."
Dans l' Evangile La Parole de Jean-le-Baptiste retentit au bord d'un fleuve : le Jourdain . Celle de Jésus au bord de la Mer de Galilée pour des hommes de la pêche , les premiers sensibles . Les premiers appelés y seront des hommes de la mer, des hommes embarqués et en voie de l'être pour d'autres navigations.
Cette parole éclaire ce que nous vivons dans notre expérience de baptisés, renouvelés par le souffle de l'Esprit: celui qui gonfle nos voiles d' espérance.
Cap sur l'Ecriture inspirée. Nous la reconnaissons comme Parole de Dieu dans notre Histoire.
Le Peuple de la Bible n'était pas un peuple marin : il redoutait la mer. Il l'a traversée en des conditions prodigieuses et son parcours est une longue navigation, une route à l' estime qui nous enseigne sur notre propre marche.
Côté mer, les premières entreprises maritimes connues, celles du roi Salomon (1 1 R 9, 26) ou de Josaphat sont sans lendemain2 ( 22- 49) .
Avec la dispersion du peuple de Dieu et le temps de l'exil les "Iles" entrent dans l'horizon géographique d' Israël ( Ils 41, 1, 49, 1 ) et le peuple juif s'accoutume aux longs voyages maritimes 3 ( Jonc. I,3).
A l'époque du Nouveau Testament ( Mt 23- 15)4 Paul, Juif de la dispersion, trouvait tout naturel de sillonner la Méditerranée pour annoncer l' Evangile. Mais dès les premières pages de la Bible l'expérience de la mer prend sens dans l'histoire comme un sauvetage, un salut qui vient d'un Autre.

DU MONSTRE MYTHIQUE à LA CREATURE DE DIEU.
A notre époque comme aux origines tout homme éprouve devant la mer le sentiment d'une puissance formidable. Les conditions de vie dans la pêche ou le commerce comme les folles galères des coureurs autour du monde en solitaire ou en équipage nous le rappellent constamment. Une puissance impossible à dompter, terrible quand elle se déchaîne, menaçante pour les marins ( ps 107, 23-30)5 6 comme pour les populations côtières qu'elle risque toujours de submerger ( Gn 7, 11 et 9 11- 15)7

Mais dans la Bible pour autant que la mer soit mauvaise elle n'en reste pas moins au rang de simple créature. Dans le récit classique de la création, Yahweh partage en deux les eaux de l'abîme. Il garde la maîtrise et il n' y a plus de lutte entre le Dieu tout-puissant et le cahos aquatique des origines comme dans les mythologies des peuples voisins.
Selon la Bible, le Seigneur Dieu en organisant le monde a imposé aux eaux une fois pour toutes une limite qu'elles ne franchiront plus sans son ordre ( Gn 1, 9 s, Ps 104 6-9; Pr 8 27 59) 8
Les livres de Sagesse se plaisent à décrire cet ordre du monde où la mer prend place, utilisant pour cela les données d'une science élémentaire: la terre repose sur les eaux d'un abîme inférieur (ps 24, 2)9 qui remontent à travers elle pour alimenter les sources ( Gn 7 11 8, 2 Jb 38, 16 Dt 33 13 et qui communiquent avec celles de l' océan: on imagine une énorme machine hydraulique.
Ici en tous cas la mer est remise à sa place parmi les créatures. Elle est même invitée avec toutes les autres à célébrer son créateur ( Ps 69, 35) 10

LE SYMBOLISME RELIGIEUX DE LA MER.
Les eaux du gouffre marin fournissent l'image la plus parlante du péril mortel ( Ps 69 3 )11 car leur fond est censé voisin du shéol ( Jonc 2, 4 s). ce lieu de la perdition définitive12 .

De plus un relan de force mauvaise, désordonnée, orgueilleuse, continue de flotter autour de la mer que la figure des Bêtes mythologiques représente volontiers. La mer symbolise alors les puissances adverses que Yaweh doit encore vaincre pour faire triompher son dessin.
Aussi à travers cette imagerie épique l'activité créatrice de Dieu est évoquée sous les traits d'un combat primordial (Ils 51, 9) 13
Plus souvent le symbole prend appui sur l'histoire. Ainsi le Seigneur Dieu mit la Mer Rouge à sec pour ouvrir un chemin à son Peuple ( Ex 14-15 Ps 77 17- 20 114 3-5 )14 . C'est une victoire divine sur le dragon du grand abîme ( Ils 51, 10 ).15
De même la rumeur des mers est assimilée au grondement des nations païennes en révolte contre Dieu ( Ils 5, 30).16
Enfin les puissances sataniques que Dieu parait affronter dans un dernier combat surgissent comme des Bêtes montant du grand abîme. (Dn 7, 2-7)17
Mais là encore le Créateur sait dompter l'orgueil des forces du mal pour établir sa royauté cosmique. L'auteur sacré n'en doute jamais.

JESUS ET LA MER.
La force symbolique de la mer traverse tout autant le Nouveau Testament. Dans les évangiles la mer apparaît déjà comme ce lieu démoniaque où vont se précipiter les porcs ensorcelés ( Mc 5 13)18
La mer déchaînée continue d'épouvanter les hommes mais Jésus manifeste en face d'elle la puissance divine qui triomphe des éléments.
Il vient vers les siens en marchant sur les eaux ( Mc 6 49 s Jn 6 19 ou encore d'un mot il calme les flots : " Silence. Sois muselée." ( Mc 4 39 ) dit-il à la mer et les disciples reconnaissent à ce signe la puissance divine à l'oeuvre en Lui. (4, 41)19
Après la Pentecôte la barque de l'Eglise est devenue la barque de Pierre. L'Apôtre Paul, prisonnier fait voile vers Rome. 276 personnes à bord. Tempête et naufrage en Adriatique. 14 nuits de dérive entre Grèce et Sicile. Echouement près de Malte.Les matelots cherchaient à quitter le navire et les soldats voulaient tuer les prisonniers. Paul annonce le salut offert à tous.
La conclusion de l' Apôtre nous éclaire: "Et c'est ainsi que tous se retrouvèrent à terre , sauvés"( Actes 27, 44).20 Nous y voyons volontiers signifié ici le destin de l'Eglise et du monde au coeur même de la pire désespérance.
Enfin l' Apocalypse ne se contente pas de mettre en rapport avec la mer les puissances mauvaises que le Christ-Seigneur doit affronter au cours de l'histoire ( Ap. 13 1 ; 17 1 ) 21
En décrivant la nouvelle création où sa royauté s'exercera en plénitude, l' Apocalypse évoque un jour extraordinaire où "il n'y aura plus de mer" ( 21 1 )22
Dommage pour les navigateurs et tous les amoureux de la mer comme dépossédés de leur univers alors que d'autres plus comblés pourront attendre des cieux nouveaux et une terre nouvelle!
Non pas: car, et c'est encore le livre de l' Apocalypse qui nous le dit, il subsistera là-haut cette mer de cristal ( 4- 6 )23 qui s'étend à perte de vue devant le trône divin, symbole d'une paix lumineuse dans un univers renouvelé. " Voici que je fais toutes choses nouvelles ", dit-le Seigneur.
Nous revoyons Jean-Baptiste au bord du fleuve baptisant dans l'eau, Jésus enseignant les foules depuis le rivage ou à distance dans la barque de Pierre. Avant d'être enlevé aux yeux des siens il envoie ses disciples enseigner et baptiser de tous les peuples. L' eau est élevée au rang de signe sacramentel pour un autre baptême, celui de l' Esprit qui renouvelle la face de la terre. " Un autre vous baptisera dans l' Esprit Saint" annonçait Jean-le Baptiste.

Voilà de quoi éclairer nos vies, nous donner accès au meilleur d'une sensibilité maritime pour le service de l'homme, des travailleurs de la mer et de ceux qui y contemplent les richesses de la création.
"Mes racines sont dans la mer" disait Yves-Dominique Ménard, fondateur de "Cap Vrai."

fransables@wanadoo.fr

mer.et.bible
23/06/03